24/08/2017
 

Lettre ouverte aux Sérésiens et aux hommes de l’acier

A l’heure où la sidérurgie vit l’un de ses moments les plus décisifs, je me dois d’éclairer les Sérésiennes et les Sérésiens sur la position de notre ville et sa situation dans ce dossier capital.

La métallurgie a fait de Seraing ce qu’elle a été et ce qu’elle est encore. Elle berce la vie de beaucoup d’entre nous et nombreux sont les Sérésiens dont un membre de leur famille travaille dans un des outils sidérurgiques appartenant à Lakshmi Mittal.

Plus que régulièrement, des ouvriers de l’acier viennent me faire part de la situation horrible qu’ils traversent. Ils sont pères de famille, ont une maison à payer, des enfants à nourrir. Ils ont une expérience solide, ils ont les compétences, ils sont prêts à travailler de 2 à 10 heures du matin dans des conditions les plus difficiles s’il le faut. Ils sont parmi les ouvriers les plus efficaces que l’on peut trouver à l’échelle mondiale et se voient mépriser par un industriel qui, à des milliers de kilomètres d’ici, joue avec leurs vies comme il le ferait devant un échiquier. Quand la compétence, la disponibilité et la motivation sont ainsi sanctionnées, on ne peut que ressentir un profond sentiment d’injustice.

Pour la Ville de Seraing, rappelons-le, cette situation que traverse l’industrie métallurgique liégeoise est catastrophique à plus d’un titre. Tout d’abord, parce que beaucoup de métallos sont Sérésiens et risquent de perdre ce qui leur permet de subvenir aux besoins de leur famille. Ensuite, parce que nous-mêmes, Ville de Seraing, percevons via ArcelorMittal des taxes industrielles qui représentent un dixième de nos rentrées communales ! C’est quelques 5 à 10 millions d’euros qui, chaque année, sont ôtés du budget dont nous disposons pour remettre les routes en état, rénover des écoles, installer une plaine de jeux,…

A la lecture de cela, vous comprendrez donc que la Ville que j’ai l’honneur de représenter ne peut pas être indifférente à la situation traversée par les ouvriers du chaud et du froid aujourd’hui. En tant qu’homme et en tant que petit-fils d’ouvrier de Cockerill, je ne peux qu’être révolté quand un ouvrier vient me trouver en me disant qu’il veut juste continuer à travailler durement pour gagner sa vie !

L’attitude de Mittal, qui joue avec des familles entières en tentant de faire porter le chapeau aux représentants des travailleurs et qui essaye par des biais vicieux de diviser les ouvriers, est une caricature de ce qu’une mondialisation anarchique peut avoir comme conséquences. Mais le pouvoir communal est malheureusement désarmé face à cette situation et il faut avoir l’humilité de reconnaître que Seraing n’a pas de marge de manœuvre pour affronter le géant de l’acier sur la question de l’activité à conserver. La marge de manœuvre de la Région est également restreinte. Nationaliser l’outil ? L’idée est bonne et le talent de nos hommes ferait la différence. Mais cela supposerait de racheter l’outil à Mittal, à supposer qu’il accepte de le vendre… Vendrait-il à un opérateur public ou privé susceptible de lui faire concurrence au cœur de l’Europe ? Et si la Région parvient à le convaincre, trouvera-t-elle les moyens suffisants pour tout mettre en œuvre et rentabiliser l’outil dans le contexte de crise que traverse l’acier ?

 

La situation dans laquelle se trouvent les ouvriers d’ArcelorMittal est très pénible. A l’anxiété face à l’avenir se mêle un sentiment de révolte bien compréhensible. Je trouve intolérable que certains, notamment à l’extrême gauche, voient ce désappointement comme une opportunité, à une encablure des élections communales, de s’attirer des voix en balançant les informations les plus fantaisistes au sujet de la sidérurgie liégeoise.

 Face au désarroi, c’est le retour des « Yaka » : on vous assène qu’il n’y « a qu’à » racheter les outils, dont le rachat coûterait –cela ils ne le disent pas- plusieurs centaines de millions d’euros. On vous dira qu’il n’y « a qu’à » exproprier si Mittal ne veut pas vendre, alors qu’une expropriation ne signifie pas confiscation et qu’il faut, dans ce cas-là aussi, payer ces montants que la Région seule ne possède pas… On vous fera également un méli-mélo de ce que Mittal a payé comme impôts, en y jouant avec les chiffres pour choquer.

A la Région, Jean-Claude Marcourt est LE SEUL, depuis le début, à retrousser ses manches aux côtés des ouvriers dans le dialogue et la recherche de solutions, non pas juste avant les élections mais depuis son premier jour au ministère de l’Economie. Il est LE SEUL à avoir proposé des options qui n’étaient pas des miroirs aux alouettes. Il est LE SEUL qui ne fait pas croire aux ouvriers d’illusoires solutions qui n’en sont pas, juste pour aller glaner leurs voix ! A titre personnel et en tant que bourgmestre de Seraing, je lui renouvèle ici ma confiance et tiens à vous alerter sur la démagogie dont certains font preuve aujourd’hui.

 

Les ouvriers et les pouvoirs publics n’ont pas dit leur dernier mot. Ne laissons pas un industriel indien ou qui que ce soit d’autre nous diviser dans le combat qui est mené.

 

En vous remerciant pour votre attention,

 

Alain Mathot

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Commentaires: 2

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  • Félicitations pour avoir l’un des blogs les plus sophistiqués que j’ai rencontré dans quelques temps! Son incroyable combien vous pouvez vous éloigner de quelque chose de simplement en raison de la manière dont il est visuellement magnifique. Youve mis en place un espace de grands graphiques grand blog, vidéos, mise en page. http://www.alainmathot.be est certainement un blog à voir absolument!

     
     
     
  • Joelants Richard

    Je souhaite de tout coeur que votre vision des choses soit la plus proche de la vérité des choses. Perdre un combat n’est rien car cela signifie néanmoins qu’il y a eu lutte. Nous verrons au fil du temps si vous avez raison et je le répète, je le souhaite de tout coeur. Laissez cependant venir à vous les idées qui en valent la peine sans tout réfuter quand cela ne vient pas de votre camp. On n’écoute jamais assez les autres. Bon courage car la tâche est rude.

     
     
     
 
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